mardi, février 13, 2007

Ca me poursuit

Et Critias, un de ceux qui furent tyrans à Athènes, semble appartenir au groupe des athées : il déclare que les anciens législateurs ont fabriqué la fiction de Dieu, défini comme une puissance qui porterait son regard sur les actions justes et les fautes des hommes, afin que personne ne portât tort en cachette à son prochain, ayant toujours à se garder du châtiment des dieux. Voici comment il formule cette idée : En ce temps-là jadis, l’homme traînait sa vie

Sans ordre, bestiale et soumise à la force,
Et jamais aucun prix ne revenait aux bons,
Ni jamais aux méchants aucune punition
Plus tard les hommes, je le crois, ont pour puni
Institué des lois, pour que régnât le droit
Et que pareillement <également à tous>,
La démesure soit maintenue asservie
Alors on pu châtier ceux qui avaient fauté.
Mais, puisque par les lois ils étaient empêchés
Par la force, au grand jour, d’accomplir leurs forfaits
Mais qu’ils les commettaient à l’abri de la nuit,
Alors, je le crois, ,
Un homme à la pensée astucieuse et sage
Inventa la crainte <>« C’était, leur disait-il, comme un démon vivant
d’une vie éternelle. Son intellect entend
Et voit tout en tout lieu. Il dirige les choses
De par sa volonté. Sa nature est divine,
Par elle il entendre toute parole d’homme,
Et par elle il verra tout ce qui se commet.
Et si dans le secret encore tu médites
Quelque mauvaise action, cela n’échappe point
Aux dieux, car c’est en eux qu’est logée la pensée. » sassent de craindre
D’avoir compte à rendre de ce qu’ils auraient fait, Dit, ou encore pensée, même dans le secret :
Aussi inroduit-il la pensée du divin.
Et c’est par ces discours qu’il donna son crédit
À cet enseignement paré du plus grand charme.
Quant à la vérité, ainsi enveloppée,
Elle se réduisait à un discours menteur,
Il racontait ainsi que les dieux habitaient
Un céleste séjour qui par tous ses aspects
Ne pouvait qu’effrayer les malheureux mortels.
Car il savait fort bien d’où vient pour les humains
La crainte, et ce qui peut secourir le malheur.
provenaient de la céleste sphère,
De cette voûte immense où brillent les éclairs,
Où éclatent les bruits effrayants du tonnerre;
Mais où se trouve aussi la figure étoilée
De la voûte céleste, et la fresque sublime,
Le chef-d’œuvre du temps, architecte savant,
Où l’astre de lumière, incandescent, s’avance.
Et d’où tombent les pluies sur la terre assoiffée.
Voilà les craintes dont il entoura les hommes,
Par lesquelles il sut, par l’art de la parole,
Fonder au mieux l’idée de la Divinité,
Dans le séjour voulu; et ainsi abolir
Avec les lois le temps de l’illégalité.
Puis, peu après, il conclut :
C’est ainsi, je le crois, que quelqu’un, le premier,
Persuada les mortels de former la pensée
Qu’il existe des dieux.'

Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens. IX, 54.''