dimanche, février 12, 2006

Artiste(s)

Je crois que je suis artiste. Je crois aussi qu’il aurait mieux valu que je ne le fusse pas. Tout simplement parce que je n’ai pas de talent. Surtout que si on reconnaît bien un handicap aux artistes, c’est leur sensibilité. Moi je n’ai que la sensibilité, c’est dommage. Au mieux je pourrais être critique, si j’avais l’intérêt.

Je ne suis bon nulle part. Si je suis bon à quelque chose, c’est être médiocre. Je suis médiocre en tout. Avec un peu de générosité et de bienveillance, et peut-être aussi avec une échelle de valeur plus indulgente que la mienne, on me dit que je suis bon. Dans un élan de flatterie, bon en tout, même. Quand bien même. Quand on est bon, le champ des possibles n’est pas encore très étendu, on ne peut pas vraiment faire grand-chose. Etre bon, ça donne juste assez de lucidité sur une discipline pour se rendre compte qu’on ne sera jamais très bon, faute de temps, d’intérêt, de talent, ou de toute combinaison des trois.

Tout ça pour dire que je suis bon partout et bon nulle part, je m’intéresse à tout et rien ne m’intéresse. Je n’entends pas par là que rien ne m’attire vraiment, loin de là. Il y a beaucoup de choses me captivent et que j’exerce régulièrement. Mais rien qui ne susciterait suffisamment d’intérêt chez moi pour que j’essaie d’atteindre un niveau d’excellence suffisant à me donner l’audace d’essayer de créer quelque chose de beau.

Ce désir d’exceller dans quelque chose est assez absurde, et dans une certaine mesure il doit témoigner d’un ego démesuré. Je pense que je compense cette sensation de n’avoir jamais été aimé par un amour-propre surdimensionné.

Tant que j’aurai cette sensation, je pense que je me pardonnerai ce défaut.